Autrefois …

Découvrez le Pays du Vuache autrefois

Un voyage dans le temps pour découvrir les paysages et les villages du temps passé, avec des cartes postales anciennes datant pour la plupart des années 1895-1915.

Cartes postales et textes de Dominique Ernst

VULBENS

Composée des villages et hameaux de Faramaz, la Fontaine, Vulbens et Cologny, cette commune possède un vaste territoire de 1253 hectares qui s’étend du sommet du Vuache au bord du Rhône.

Cette superficie importante s’expliquant par le rattachement de la paroisse de Bans à celle de Vulbens au XVIe siècle.

Dans un texte datant de 1026, le village de Vulbens est appelé « Villa Wulbeengu ». Ce dernier mot, d’origine burgonde ou germanique, est formé du génitif « wolf » et du suffixe « inge », ce qui pourrait signifier « la ferme des loups » – des animaux depuis très longtemps présents dans le Vuache –, ou « la ferme de Wolf », du nom du propriétaire des lieux.

La paroisse de Vulbens, dédiée à saint Maurice, est très ancienne. Elle est déjà citée lors d’une donation à l’abbaye Saint-Maurice, en Valais, datant de l’an 1026. La commune abritait aussi un édifice d’importance aujourd’hui disparu, le château du Vuache, construit au XIIIe siècle par les comtes de Genève pour défendre la frontière qui les séparait du duché de Savoie.

Au bord du Rhône, près du hameau de Cologny, un domaine templier était établi au XIIe siècle non loin d’un gué permettant de traverser le fleuve.

C’est aussi le long du Rhône, entre Genève et le défilé de l’Ecluse, que Jules César aurait fait construire un mur en 58 avant J.-C. pour empêcher les Helvètes, population venue de Suisse centrale, de traverser le fleuve pour gagner la côte atlantique. C’est également sur le Rhône, près du fort l’Ecluse, qu’un éboulement en janvier 1883 fit un tel barrage sur le fleuve que le bas de la commune de Vulbens se transforma pendant quelques heures en un vaste lac !

Sur les pentes du piémont du Vuache, la commune compte aussi des châtaigneraies dont les arbres furent importés par les Romains et qui ont constitué durant des siècles une source de nourriture importante pour les populations de la région.

Aujourd’hui, travaillant en étroite collaboration avec les communes de Dingy-en-Vuache et de Chevrier, cette municipalité d’environ mille habitants s’est dotée d’un bel espace culturel, le Centre Ecla, offrant avec la MJC du Vuache un large choix d’activités et de manifestations aux habitants de la région.

1. Sur cette carte postale éditée par Gédéon Regard, photographe de Malchamps (Feigères), une vision assez bucolique du centre de Vulbens, avec la mairie-école et la fruitière (à gauche). Ces bâtiments remarquables de la commune ont été construits en 1876 (fruitière) et 1884 (mairie) sous le mandat de Bernard Gay, maire de 1862 à 1902. Sur le toit, une horloge fabriquée à Morez, dans le Jura.

2. La mairie-école, côté est avec la cour de l’école, dans un décor étonnement champêtre qui a bien changé depuis un siècle. La salle du conseil de la mairie abrite notamment un portrait de François Buloz. Né à Vulbens en 1803, il devint à Paris un homme de lettres reconnu. Il fut le rédacteur en chef de la Revue des Deux Mondes, ainsi que l’ami et l’éditeur de George Sand et de nombreux autres écrivains romantiques.

3. Une vue assez rare du cœur du village, avec l’épicerie Magnin et la boucherie Rattier. Ces commerces très présents dans les communes de la région jusqu’aux années 1950 ont presque tous disparus. Aujourd’hui, portés par le développement démographique du Genevois haut-savoyard, les commerces sont de retour dans les villages. En quelques années, Vulbens s’est ainsi doté d’une superette, de salons de coiffure, d’un cabinet médical, d’une boucherie et d’une fromagerie.

4. Le château de Faramaz fut construit au XVIe siècle sur le site d’une maison forte, en partie avec les pierres de l’ancien château du Vuache. Au XVe siècle, le hameau de Faramaz, très proche du chef-lieu de la paroisse, Vulbens, avait une tour qui administrait une petite seigneurie vassale de celle du Vuache. Vers la fin du XVIe siècle, cette seigneurie fut réunie à celle du Vuache. Le château fut agrandi au XVIIe siècle, dans la configuration que nous lui connaissons aujourd’hui.

 

5. Partie ouest du village de Vulbens, en direction de Chevrier. Sur la droite, l’hôtel-restaurant-café Magnin, ouvert en 1860 et aujourd’hui remplacé par l’établissement Gouverneur. Sur la gauche, au dessus du mur, le verger où se trouvait au Moyen-âge le château du Vuache. C’est également sur cet emplacement que se tenait autrefois la foire de Vulbens, les bestiaux étant attachés à des anneaux fixés dans le mur. Au fond à droite,l’école des Sœurs de la Croix.

6. Le village de Faramaz en hiver. Le nom de Faramaz date du Ve siècle et fait référence aux « Faramannis », ces hommes de la deuxième vague de colonisation burgonde qui ont créé de nouveaux domaines agricoles. Sur la gauche, la route qui monte à La Fontaine et à Raclaz, ainsi que le bâtiment de l’hôtel-restaurant du Vuache, qui abritait déjà des commerces à l’époque. Remarquez les pâturages qui montent assez haut sur les flancs du Vuache.

DINGY-EN-VUACHE

Dénommée ainsi pour ne pas qu’on la confonde avec la municipalité de Dingy-Saint-Clair, près d’Annecy, la commune de Dingy-en-Vuache est située à la jonction du Mont Sion et de la montagne du Vuache. Cette commune composée de quatre villages d’égale importance, Raclaz et Dingy à l’ouest, Bloux et Jurens à l’est, trône à une altitude moyenne de 615 mètres. Offrant des paysages bucoliques et un superbe point de vue sur la plaine du Genevois, la commune est néanmoins coupée en deux par l’autoroute A40 qui s’engouffre en ces lieux dans le tunnel du Vuache.

D’un point de vue historique, on peut noter la présence de Gaulois Allobroges à Dingy lors des premiers siècles de notre ère. Le ruisseau de la Vosogne, qui prend sa source dans la commune et se jette dans le Rhône en bas de Vulbens, porte d’ailleurs un nom celtique en lien avec une source divinisée. Le mot Jurens pourrait lui aussi avoir une origine gauloise et désigner un bois sur une colline. Colonisée par les Romains, Dingy portait autrefois le nom de Dingiacum et son territoire était parsemé de blocs erratiques laissés là par le glacier du Rhône, dont plusieurs pierres à cupules gravées par les hommes de l’âge du Bronze.

La paroisse de Dingy a existé du Moyen-âge à la Révolution, elle comptait quarante feux (familles) en 1411. Après 1803, elle voit son territoire partagé entre les paroisses de Vulbens et de Valleiry. Le village de Raclaz accueillait en outre une maison forte rattachée à la seigneurie du Vuache.

En 1756, le secrétaire de la communauté évoque une partie des terres de Dingy : « le territoire de la dite communauté étant le quart tant en broussailles, genevres, ruisseaux et en terrain partie aride et partie terres blanches et gluantes qui ne peuvent rien produire malgré tous les soins, l’on est obligé de laisser inculte cette partie du terrain ».

Cette commune de 650 habitants a connu d’importantes réalisations ces dernières années qui ont permis de rassembler en un seul lieu, à Dingy et près de la mairie qui a été agrandie, les écoles maternelle et primaire, la cantine et les services techniques, tous installés dans de nouveaux bâtiments modulaires.

Enfin, il n’est pas inutile de rappeler que Dingy-en-Vuache a deux singularités, elle fut la première commune de Haute-Savoie à élire une femme maire en la personne de Juliette Groz en 1945, et elle abrite sur ses hauteurs l’unique maison de retraite pour tigres et lions du département, voire de France !

 1. Dingy Raclaz

  1. L’une des rares cartes postales consacrée à la commune de Dingy, avec un joli rassemblement d’adultes et d’enfants sur la route traversant le village de Raclaz. La présence d’un poteau électrique indique que cette carte a été éditée après 1900. A cette époque, il y avait dans ce village une forge, une épicerie et plusieurs cafés. La route reliant Raclaz à Dingy, construite grâce au soutien de Fernand David, député radical de Saint-Julien, a été inaugurée en 1907.

 2. Dingy Jurens

  1. Belle composition sur cette carte postale (collection « La Salèvienne« ) éditée par le photographe L. Vial de Lancy (Genève), en visite dans la région du Vuache. Dans la cour d’une ferme du hameau de Jurens, deux femmes et trois enfants prennent la pose devant un superbe bassin bien protégée par un abri en bois recouvert de tuiles. Sans doute pour l’occasion, trois chars à échelles avec timons à bœufs ont été installés à l’arrière du lavoir.

SAVIGNY

Cette commune située sur le piémont du versant nord-ouest de la montagne du Vuache s’appelait au temps des Romains Savignacum. Composée d’une dizaine de hameaux dont les plus importants sont Savigny (chef-lieu) et Murcier, elle a été successivement rattachée au canton de Chaumont (1793 à 1798), puis à celui de Frangy (1798 à 1815), avant de rejoindre le canton de Saint-Julien-en-Genevois.

La paroisse de Savigny, très ancienne, est déjà citée en l’an 1110 sur les registres de l’abbaye de Saint-Oyen de Joux (Saint-Claude). L’église actuelle, de style dorique avec coupole, a été construite en 1830, elle est dédiée à Saint-Denis. Elle est aussi l’une des rares de la région à avoir conservé un cimetière attenant au bâtiment.

La commune de Savigny fut au cours des siècles le théâtre d’histoires étonnantes et parfois tragiques. Durant l’année 1750, douze enfants furent ainsi dévorés par des loups sur le seul territoire des communes de Savigny et de Chaumont.

Surnommé le Pays des Ours, ce secteur doit ce sobriquet animalier à la présence de quatre ours de belle taille qui semèrent en 1818 une jolie pagaille dans la commune. Terrorisés, les Savignerands n’osaient plus sortir de chez eux et il fallut bientôt organiser une battue, avec notamment de fines gâchettes venues de Chaumont. Deux des quatre ours furent tués et les deux autres ne remirent jamais une patte sur le Vuache. On dit aussi que Mandrin, le célèbre contrebandier, s’invita en 1754 à Savigny à l’occasion du mariage du comte d’Antioche. Il prit un malin plaisir à se conduire en parfait gentleman face à une assemblée pour le moins terrorisée.

Savigny possède sur son territoire deux superbes pierres à cupules, ainsi que, à flanc de Vuache, deux grottes de belle taille qui furent habitées au temps de la préhistoire.

Dans la biographie qu’il a consacrée à la commune, l’instituteur Félix Fenouillet décrit ainsi les habitants de la commune en 1911 : « Savigny a une belle population, hommes et femmes y ont un air de santé et de vigueur qui fait plaisir à voir. Les hommes y sont en général de taille élevée et bien proportionnée ; ils ont les épaules larges, les bras musclés, la face ouverte, le teint coloré. La plupart portent des moustaches longues et soyeuses qui leur donnent une certaine ressemblance avec les anciens Gaulois. Les femmes sont moins grandes, plus sveltes et de physionomie agréable. »

Aujourd’hui, la municipalité compte environ 800 habitants et poursuit son développement en confortant notamment le rôle de chef-lieu du village de Savigny.

 1. Savigny

  1. L’école de Savigny, dont le premier projet date de 1882, mais qui sera finalement construite en en 1888. Situé au chef-lieu, à Savigny, ce bâtiment fut dessiné par l’architecte saint-juliénois Boymond et construit par l’entrepreneur Bertrand. L’école a été en service jusqu’en 2005, date à laquelle elle a été démolie et remplacée par deux petits immeubles. Pour conserver une trace de ce passé, le fronton de l’ancienne école a été intégré à l’un des nouveaux bâtiments.

 2. Savigny

  1. L’école de Savigny, ici avec une jolie vue sur l’église de la commune, c’est un peu une histoire d’eau et de feu. Bien située d’un point de vue géographique, cette école a été construite sur « un terrain humide, où dévalaient et s’amassaient les eaux d’une vaste combe dominant l’endroit». En plus de ces problèmes récurrents d’humidité, le bâtiment fut entièrement détruit par un incendie dû à un feu de cheminée en juillet 1911. L’école fut reconstruite en 1912.

 3. Savigny

  1. Murcier, le plus grand village de la commune. Une carte postale éditée avant 1908, date de l’arrivée de l’électricité à Savigny. À première vue, cette photographie donne l’impression d’un village un peu miséreux. Mais à y regarder de plus près ce n’est pas le cas, car on voit qu’il y a un trottoir bien marqué, chose rare à cette époque dans les petits villages, et que la maison à gauche possède un toit flambant neuf.

 4. Savigny

  1. Toujours le village de Murcier, mais avec une toute autre ambiance que sur la carte postale précédente. Une jolie vue bien animée de la rue principale, avec de nombreux enfants qui prennent la pose pour la photo. À noter à gauche l’enseigne originale du sieur Burnet, tout à la fois cafetier et forgeron. La fée électricité est arrivée et le forgeron empiète largement sur la voie publique avec ses roues et ses chars.

CHEVRIER

Appelée Chivriacum dans les manuscrits du XIVe siècle, la commune de Chevrier est située sur piémont oriental du Vuache, en face du fort l’Ecluse. Au fil des siècles, la commune a connu de nombreux occupants comme en témoignent des vestiges datant du néolithique (moins 8000 ans avant J.-C.) trouvés dans la grotte de Barme ou la statuette d’un Bacchus en bronze découverte lors de la construction d’une route, en 1870.

C’est aussi dans ce coin de pays qui a pour cadre l’étonnante légende de Sainte-Victoire, jeune fille de la région qui vit apparaître vers l’an 920 l’enfant Jésus à ses côtés. Elle construisit ensuite une chapelle à l’extrémité du Vuache, où elle vécut dans la paix jusqu’au jour où le site fut attaqué par des pillards sarrasins. Pour échapper à ses poursuivants, Victoire préféra se jeter dans le vide du haut de la montagne. Mais portée par la main invisible de Dieu, elle se posa sans encombre sur le rocher de Léaz, de l’autre côté du Rhône. Mainte fois reconstruite, la chapelle de Sainte-Victoire trône toujours avec majesté sur les crêtes du Vuache et fait l’objet depuis des siècles d’un important pèlerinage chaque lundi de Pentecôte.

Avant l’édification de la chapelle, la pointe ouest du Vuache fut un oppidum allobroge particulièrement bien situé pour surveiller l’entrée du défilé de l’Écluse. Et en 1863, c’est l’armée française qui étudia sérieusement la possibilité de construire des fortifications sous le secteur de Sainte-Victoire, pour compléter celles du fort L’Écluse.

La commune abrite également la plus ancienne église du canton, dédiée à Saint-Martin et datant probablement du XIVe siècle, dont les murs intérieurs sont ornées de remarquables peintures médiévales. Il y avait aussi autrefois au centre du village un superbe bloc erratique d’environ 30 m2connu sous le nom de Pira Novala (la Pierre Nouvelle).

En partie incendié par les soldats allemands lors de la libération du canton de Saint-Julien-en-Genevois, le 16 août 1944, le village de Chevrier a développé au début des années 1950 une importante activité liée à l’arboriculture. De nos jours, les exploitants de la commune entretiennent près de 70.000 arbres fruitiers qui donnent environ 2000 tonnes de pommes et de poires par an.

1. Belle composition de personnages et de matériel pour cette carte postale représentant la chapelle de Chevrier, dédiée à Saint-Martin et non à Saint-Joseph. Outre un superbe char à échelles, on y voit un paysan avec une hotte dans le dos et un facteur à bicyclette qui n’est pas sans rappeler son collègue de Jour de fête, le film de Jacques Tati. La chapelle est bizarrement insérée dans un autre bâtiment, qui appartenait autrefois aux chevaliers de l’Ordre de Malte.

2. Intéressante perspective pour ce chemin traversant le village de Chevrier, avec un effet d’optique qui donne l’impression que les maisons sont situées juste sur le Crédo, la pointe du Jura qui domine le fort L’Écluse. L’orthographe exacte de ce sommet est « Crêt d’Eau », car il y a des poches d’eaux dans la montagne, mais on imagine que les Catholiques de l’époque ont volontairement nommé « Crédo » cette montagne qui domine Genève, cette Rome protestante honnie.

3. Jolie vue du village de Chevrier blotti au pied du Vuache sur cette carte postale expédiée en août 1933. Point encore d’arboriculture, mais des vergers haute tige disséminés parmi les champs d’herbe destinés à accueillir du bétail. Bien que cette partie du Vuache soit très rocheuse, on remarquera que les pâturages, entrecoupés de forêts et notamment de châtaigniers, montent assez haut sur les flancs de la montagne.

4. Le pont Carnot sur le Rhône. Cet édifice, construit entre 1868 et 1874 avec des pierres de la carrière de La Foge, sur les hauteurs du Vuache, est l’œuvre de Sadi Carnot. Cet ingénieur des Ponts et Chaussées de Haute-Savoie deviendra président de la République française en 1887. Le pont a deux particularités : une grande arche, pour résister aux violentes crues du fleuve, et deux coupures, pour permettre une destruction limitée de l’ouvrage en cas de guerre.

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